麹塵
Kikujin
きくじん
Poussière de kōji
Vert jaunâtre terne aux reflets subtils, rappelant la couleur d’un champignon de moisissure.
En cuisine, le kōji est un aliment fermenté obtenu par la culture d’une moisissure, principalement l’Aspergillus oryzae (麹菌, kōji-kin), sur des céréales ou des légumineuses comme le riz, l’orge, le blé ou le soja. Il est riche en enzymes capables de dégrader l’amidon en sucres et les protéines en acides aminés, qui sont notamment mis à profit dans la production de la sauce soja, du vinaigre de riz, du miso ou encore du saké. C’est le voile fongique poudreux de couleur vert-jaunâtre grisée recouvrant le kōji en fin de culture qui donne son nom à la teinte kikujin.
Pendant l’époque Heian (794-1185), kikujin était un autre nom plus littéraire de la teinte aoshirotsurubami (chêne/gland bleu blanc). Dans son ouvrage Saigūki (西宮記, milieu du Xe siècle) qui témoigne des coutumes et rituels de cour de cette époque, Minamoto no Taka-akira, dont on dit qu’il aurait inspiré le protagoniste Genji Hikaru du roman de Murasaki Shikibu Le Dit du Genji, établit que ces deux appellations désignaient la même teinte. La méthode de teinture – un mélange d’herbe kariyasu et de racine de grémil pourpre (murasaki) – figure dans le règlement du Nuidono-ryō (縫殿寮, Bureau de la Couture du Palais) consigné par l’Engishiki (延喜式, 927). C’était alors une couleur vestimentaire qui faisait partie des kinjiki (禁色, les couleurs interdites). Elle était réservée à l’empereur et, par dérogation, aux nobles de cour et à certains fonctionnaires de haut rang.
Pendant l’époque de Kamakura (1185–1333), lorsque qu’elle fut adoptée par la classe des guerriers aristocrates pour leurs hitatare (habits ordinaires des samouraïs), elle prit le nom de yamabato-iro, la couleur du plumage d’un pigeon du Japon, vert sur le dos et jaune sur la poitrine.
Yoshioka Sachio, historien des couleurs et teinturier de 5e génération, a décrit kikujin comme une teinte qui paraît brun clair à la faible clarté d’une pièce, mais dont « le vert fait surface et rayonne à la lumière du soleil ». Cette couleur mystérieuse aux reflets changeants, obtenue d’une coloration mêlant jaune et pourpre, et non jaune et bleu dont on tire généralement les teintes vertes, a la réputation d’être l’une des plus difficiles à obtenir en teinture.
— cf. ja.wikipedia — Yoshioka Sachio — R. Menegazzo, Iro, l’essence de la couleur dans le design japonais —